Réforme du code du travail: Comment vous allez (peut-être) devoir travailler plus, sans gagner davantage

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  L’article 12 du projet de loi El Khomri permet à l’employeur d’accroître le temps de travail de ses salariés sans augmenter leur rémunération…

Illustration d'un salarié stressé

 

Vous vous souvenez des « accords de maintien dans l’emploi » (AME) ? Entrés en vigueur en 2013, ils permettent de diminuer le temps de travail – et la rémunération — d’un salarié, ou encore d’augmenter son temps de travail sans accroître son salaire, ou encore de prévoir une nouvelle répartition de ses horaires.

Pour l’instant, seules les entreprises rencontrant des difficultés économiques peuvent signer avec les syndicats de tels accords, qui sont limités dans le temps (cinq ans maximum). Cela pourrait bientôt changer. Si le projet de loi préparé par la ministre du Travail Myriam El Khomri est adopté – il sera présenté en Conseil des ministres le 9 mars et commencera son parcours parlementaire en avril – les entreprises prospères pourront elles aussi négocier des accords similaires.

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L’employeur ne pourra pas baisser votre salaire

Il leur suffira de vouloir « préserver » ou « développer » l’emploi. Autrement dit, si votre entreprise part à la conquête d’un nouveau marché et qu’elle espère pouvoir ainsi, peut-être, créer des emplois, un jour, elle pourra vous demander de travailler plus sans gagner davantage.

Car là réside la principale différence avec les AME : votre employeur ne pourra pas baisser votre salaire mensuel. En revanche, il pourra augmenter votre temps de travail sans rémunérer ces heures additionnelles.

Le référendum prend du galon

Rassurez-vous : votre direction ne pourra vous imposer un tel sacrifice qu’après avoir signé un « accord majoritaire ». C’est-à-dire après avoir convaincu des syndicats représentant au moins 50 % des salariés ayant voté aux élections professionnelles. « Ce qui est très difficile à obtenir », assure Bernard Gauriau, professeur de droit à l’université d’Angers et avocat au barreau de Paris.

Mais une autre disposition pourrait simplifier les choses : si l’accord est approuvé par des syndicats représentant au moins 30 % des salariés, un référendum pourra être organisé dans l’entreprise. Cette fois-ci, ce seront les salariés qui s’exprimeront et il « suffira » que plus de la moitié d’entre eux soit favorables au projet pour qu’il soit accepté.

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« Bien sûr, les salariés ne sont pas sots, mais leur soumettre un référendum, c’est leur demander d’approuver ou de rejeter un texte dont ils ne maîtriseront pas forcément toutes les subtilités juridiques. Sans parler des pressions éventuelles auxquelles ils peuvent être soumis », analyse Bernard Gauriau. « Plus l’entreprise sera petite, plus le risque de dérive sera important », prédit Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

Que se passera-t-il si l’accord est adopté et que vous le refusez ? Vous serez licencié, dit le projet de loi, pour « cause réelle et sérieuse » et non pas dans le cadre d’un licenciement économique. « En langage courant, cela signifie que le salarié ne pourra pas contester son licenciement devant les prud’hommes », décrypte Bernard Gauriau.

Le spectre du 49-3

Ce qui fait bondir Mathieu Plane : « Je comprends qu’une entreprise au bord de la faillite puisse licencier un salarié qui n’accepte aucun sacrifice, mais je ne saisis pas qu’une entreprise florissante puisse en faire de même ».

Bernard Gauriau est quant à lui étonné par le fait « que le texte ne prévoit pas de demander quelques efforts aux mandataires sociaux [associés, administrateurs, actionnaires, etc.], ni aux dirigeants. Ce n’était pas le cas avec les accords de maintien dans l’emploi ».

Pour ce juriste, si le texte semble juridiquement acceptable, « politiquement, il traduit un très net changement de tendance ». Les parlementaires vont-ils l’accepter ? Ils n’auront peut-être pas le choix : le gouvernement pourrait passer en force avec l’article 49-3, qui permet l’adoption d’une loi sans vote.

Temps de travail, salaire, prud’hommes: Comment la réforme risque de bouleverser votre vie

SOCIAL Le projet de loi sur la réforme du travail, préparé par la ministre Myriam El Khomri, contient des propositions explosives…

La ministre du Travail Myriam El Khomri le 3 février 2016 à Paris
La ministre du Travail Myriam El Khomri le 3 février 2016 à Paris – THOMAS SAMSON AFP


C’est une vraie révolution. S’il est adopté, le projet de loi sur « la négociation collective, le travail et l’emploi », dévoilé ce jeudi par Les Echos, va réformer en profondeur le quotidien des salariés. Pas seulement en termes de temps de travail, mais aussi en matière de salaire, de licenciement ou encore d’indemnités prud’homales. Rappelons que Myriam El Khomri, la ministre du Travail, présentera ce texte le 9 mars en Conseil des ministres et qu’il sera débattu au parlement à partir du mois d’avril. Pour le faire aboutir, le gouvernement n’exclut pas de recourir au 49-3 : « Nous prendrons nos responsabilités », assure El Khomri dans un entretien aux Echos. En attendant, voici les principaux points du texte.

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La durée de travail

La durée légale reste les 35 heures. Autrement dit, à partir de la 36e heure de travail hebdomadaire, le salarié doit être rémunéré en heures supplémentaires. A un taux horaire majoré de 25 % minimum comme le prévoit la loi ? Pas forcément : un accord avec les syndicats de l’entreprise, et non plus avec ceux de la branche, peut prévoir un taux moindre, qui ne pourra toutefois être inférieur à +10 %. Il sera par ailleurs moins simple de cumuler des heures supplémentaires puisque le texte prévoit que le décompte du nombre d’heures réalisées puisse s’effectuer sur trois ans, si un accord collectif est signé. Concernant la durée maximale du temps de travail, elle passe à 46 heures par semaine, contre 44 heures auparavant, pendant 16 semaines consécutives, et non plus 12 semaines consécutives. En cas de « circonstances exceptionnelles », cette durée peut même aller jusqu’à 60 heures, dans la limite de 12 heures par jour.

Le licenciement

La réforme précise et élargit les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent pratiquer le licenciement économique. Elles pourront donc recourir à de tels licenciements si des « mutations technologiques » le nécessitent, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, mais aussi en cas de « réorganisation nécessaire à la sauvegarde de l’entreprise ». Ce qui pourra s’appliquer à bien des cas. Le projet de loi définit désormais ce qu’est une difficulté économique, soit « une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires de plusieurs trimestres consécutifs, en comparaison à la même période de l’année précédente ; soit des pertes d’exploitation pendant plusieurs mois ; soit une importante dégradation de la trésorerie, ou tout élément de nature à justifier de ces difficultés ». Combien de trimestres consécutifs de baisse devront être enregistrés ? Ce sera aux syndicats de le définir, dans chaque branche. A défaut d’accord, le quota de quatre trimestres consécutifs s’appliquera. Autres grosses nouveautés : si la filiale française d’un groupe est en difficulté, il pourra licencier en France même si ses filiales à l’étranger sont florissantes. « De même, les gains et les pertes enregistrés par différentes activités d’une entreprise, sur différents secteurs d’activité au sein du territoire national, ne se compenseront plus », notent Les Echos.

L’astreinte

Vous êtes d’astreinte, autrement dit prêt à tout moment à partir travailler, mais votre entreprise n’a finalement pas fait appel à vos services pendant cette période ? Eh bien, désormais, ce temps sera considéré comme du repos. Autrement dit, il ne sera pas pris en compte dans le calcul de la durée maximale de travail.

Les cadres

Vous êtes au forfait jour ? Les 11 heures de repos consécutives, c’est fini. Le texte prévoit qu’elles puissent être fractionnées. Et si vous travaillez dans une entreprise de moins de 50 salariés et que votre employeur veut vous faire passer au forfait jour, soit aux 235 jours travaillés par an, c’est-à-dire 14 jours de plus que la conversion des 35 heures en jours de travail, il n’aura plus besoin de négocier avec les syndicats, mais seulement avec vous.

Le salaire

Vous vous souvenez des accords de maintien dans l’emploi ? Entrés en vigueur en 2013, ils permettent de diminuer le temps de travail – et le salaire — d’un salarié, ou encore d’augmenter son temps de travail sans accroître son salaire, ou encore de prévoir une nouvelle répartition de ses horaires de travail. Pour l’instant, seules les entreprises rencontrant des difficultés peuvent signer avec les syndicats de tels accords, qui sont limités dans le temps (cinq ans maximum). Mais demain, même une entreprise florissante pourra négocier ces accords avec les syndicats et il n’y aura pas de limite de temps. Elle pourra le faire si elle décroche un nouveau contrat nécessitant de faire travailler davantage ses salariés sans les augmenter en conséquence, ou encore si elle part à la conquête de nouveaux marchés et qu’elle espère ainsi, peut-être, créer des emplois un jour. Vous n’êtes pas d’accord ? Vous serez licenciés pour « cause réelle et sérieuse », et non pas dans le cadre d’un licenciement économique.

Les indemnités prud’homales

Vous avez été licencié injustement ? Peu importe votre histoire, votre âge ou la taille de l’entreprise dans laquelle vous travailliez, l’indemnité que vous pouvez espérer toucher est désormais plafonnée : c’est trois mois de salaire si vous avez moins de deux ans d’ancienneté, six mois entre deux et quatre ans, neuf mois entre cinq et neuf ans, 12 mois pour 10 à 19 ans. A partir de 20 ans d’ancienneté, l’indemnité s’élèvera à 15 mois de salaire. « Que vous ayez travaillé 20 ans ou 30 ans pour une entreprise, si votre contrat de travail est rompu, ce sera 15 mois de salaire d’indemnités. Et pas un de plus », se désole Eric Rocheblave, avocat spécialiste du droit du travail, interrogé par Le Parisien.

Les apprentis

Si « des raisons objectives le justifient », les apprentis de moins de 18 ans pourront désormais travailler jusqu’à 10 heures par jour, au lieu de huit, dans la limite de 40 heures par semaine, contre 35 heures avant. L’employeur n’aura plus besoin de demander l’autorisation de l’Inspection du travail et du médecin du travail, il n’aura qu’à les avertir.

Les accords avec les syndicats

Nous l’avons dit : la plupart des évolutions prévues par le projet de loi doivent passer par un accord d’entreprise. C’est-à-dire par une négociation avec les syndicats. Pour être valides, les accords devront être majoritaires, c’est-à-dire signés par des syndicats représentant au moins 50 % des salariés ayant voté aux élections professionnelles. Le quantum n’est pas atteint ? Un référendum peut alors être organisé auprès des salariés. Il suffira que plus de 50 % des bulletins soient positifs pour que l’accord soit validé.

Réforme du travail: El Khomri pourrait jouer la carte du 49.3

 

La ministre du Travail Myriam El Khomri devant l'Assemblée nationale, le 17 février 2016.
La ministre du Travail Myriam El Khomri devant l’Assemblée nationale, le 17 février 2016. – WITT/SIPA


Passer, coûte que coûte. La ministre du Travail Myriam El Khomri a exprimé sa volonté de « convaincre » les parlementaires du bien-fondé de sa réforme du droit du travail, tout en laissant entendre que le gouvernement, si besoin, pourrait utiliser l’article 49.3 permettant une adoption sans vote, dans un entretien aux Echos à paraître jeudi.

Interrogée sur les inquiétudes de la majorité face à un projet donnant plus de flexibilité aux entreprises et l’hypothèse d’un 49.3, la ministre affirme que le gouvernement prendra « ses responsabilités ». « Nous voulons convaincre les parlementaires de l’ambition de ce projet de loi. Mais nous [avec le Premier ministre] prendrons nos responsabilités », dit-elle en annonçant un débat parlementaire « nourri, car il y a un changement de philosophie important ».

Primauté de l’entreprise pour l’aménagement du temps de travail

« Nous voulons faire avancer le pays par le dialogue social, garantir davantage des droits réels et rendre les entreprises plus compétitives », ajoute-t-elle. Le gouvernement « ne considère pas les mini jobs allemands ou les contrats zéro heure anglais comme des modèles, bien au contraire », mais « nous ne vivons pas dans un monde clos et nous devons nous aussi évoluer », estime la ministre.

Son projet de loi, qui sera présenté le 9 mars en Conseil des ministres et examiné en avril à l’Assemblée nationale, vise à « améliorer la compétitivité des entreprises, développer et préserver l’emploi, réduire la précarité du travail et améliorer les droits des salariés », explique-t-elle. Selon la ministre, « il y a des blocages dans notre société, il faut faire confiance à la négociation collective dans les entreprises et dans les branches, pour les lever, en se basant sur les besoins du terrain ».

Le projet qui a été transmis au Conseil d’Etat réaffirme des grands principes tels que le salaire minimum, le contrat de travail à durée indéterminée et les 35 heures. Mais il consacre la primauté de l’entreprise pour l’aménagement du temps de travail, instaure des référendums d’entreprises et prévoit un plafonnement des indemnités prud’homales en cas de contestation d’un licenciement.

Chômage: El Khomri n’exclut pas une dégressivité des allocations

EMPLOI Avec l’explosion du chômage, la dette de l’assurance chômage devrait atteindre 29,4 milliards d’euros fin 2016…

Myriam El Khomri sur BFMTV le 31 janvier 2016.
Myriam El Khomri sur BFMTV le 31 janvier 2016. – BFMTV


Il faut que la durée d’indemnisation soit «un temps plus utile», pour Myriam El Khomri. La ministre du Travail a estimé dimanche que « toutes les pistes » devaient être étudiées pour négocier les nouvelles règles de l’assurance chômage, y compris la dégressivité des allocations, précisant que le gouvernement « prendrait ses responsabilités » en l’absence d’accord entre partenaires sociaux.

 « La dégressivité avait été mise en œuvre de 1992 à 2001, elle n’a pas montré, d’après les études, que ça avait joué un rôle sur les personnes les plus en difficulté, a relevé la ministre sur BFMTV. Il faut regarder les choses de façon non passionnée et mettre en œuvre cette nouvelle convention pour favoriser le retour à l’emploi ».

«Pourquoi nous n’arrivons pas à former plus de demandeurs d’emploi ?»

L’actuelle convention de l’assurance chômage court jusqu’au 1er juillet et les partenaires sociaux doivent entamer leurs tractations à la mi-février. Avec l’explosion du chômage, la dette de l’assurance chômage devrait atteindre 29,4 milliards d’euros fin 2016.

Lors de la négociation sur une nouvelle convention, les partenaires sociaux devront « travailler sur une diminution de la dette », mais la négociation « ne doit pas être que financière, elle doit permettre un retour à l’emploi », a fait valoir Myriam El Khomri.

En présentant son plan pour l’emploi le 18 janvier, François Hollande avait souligné qu’en France « la durée d’indemnisation est la plus longue d’Europe », mais que la « durée de formation des chômeurs » était « la plus courte ». « Pourquoi nous n’arrivons pas à former plus de demandeurs d’emploi ? Il faut que le temps soit un temps plus utile qui permette d’améliorer les choses », a commenté la ministre du Travail.

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